Podcast On the Road : le sol français à la croisée des chemins
Dans la deuxième partie du podcast On the Road, Wilfried Sam fait basculer la discussion avec Nicolas Renier et Vincent Nguyen sur le terrain institutionnel : CFJJB vs France Judo,...

Dans la deuxième partie du podcast On the Road, Wilfried Sam fait basculer la discussion avec Nicolas Renier et Vincent Nguyen sur le terrain institutionnel : CFJJB vs France Judo, équivalences de grades, identité du JJB et de la Luta Livre.
Table Of Content
- 1. Quand le débat devient politique
- 2. CFJJB vs France Judo : anatomie d’une rupture
- 3. Nicolas rencontre France Judo : l’autre version des faits
- 4. Ceinture noire judo ≠ ceinture bleue JJB : clarification nécessaire
- 5. Luta Livre : Nicolas frappe fort
- 6. CFJJB sous le feu : réponses aux critiques
- 7. Communication et dialogue : sortir des “discussions de bar”
- 8. L’avenir du sol français : deux visions complémentaires
- Conclusion : grandir sans se renier
Après la première partie qui explorait l’évolution technique du sol français, cette suite aborde la rupture et ses conséquences pour l’avenir de la discipline.
Un échange rare, direct et nécessaire.
🎧 Écouter l’épisode complet (Partie 2/2)
1. Quand le débat devient politique
Question simple, enjeu majeur : pourquoi la CFJJB a-t-elle quitté France Judo ?
Si la première partie du podcast explorait la mémoire et la technique, cette seconde moitié change radicalement de registre. On entre dans le débat institutionnel qui agite la communauté depuis des semaines : qui porte l’identité du JJB en France, et à quelles conditions ?
Wilfried Sam pose les questions que personne n’ose poser publiquement. Nicolas Renier et Vincent Nguyen répondent sans détour !
2. CFJJB vs France Judo : anatomie d’une rupture
📜 2021 : la convention qui devait tout changer
Vincent Nguyen retrace l’historique. En 2021, la CFJJB quitte la FFST (Fédération Française du Sport Travailliste) qui n’apportait pas grand-chose, et signe avec France Judo une convention garantissant autonomie et indépendance.
L’idée : bénéficier d’infrastructures (salles, rayonnement politique) et d’outils de structuration (notamment le CQP pour professionnaliser l’enseignement) sans toucher à l’identité du jiu-jitsu brésilien.
Vincent résume l’équilibre recherché : tant que la contrepartie reste financière et que l’identité du sport est préservée, la collaboration a du sens.
🔥 Avril 2024 : le tournant brutal
En avril 2024, France Judo propose à David Giorsetti un poste de directeur général du jujitsu. Mission : utiliser les méthodes ayant permis le développement de la CFJJB pour structurer toutes les disciplines “jujitsu” (judo jujitsu, duo fighting, etc.).
Mais selon Vincent, des décisions sont prises très rapidement sans consulter David, ni même l’informer au préalable. Parmi elles :
- Une équivalence de grades entre judo et “jujitsu” (toutes disciplines confondues)
- Un diplôme unique “jujitsu” ne distinguant plus le jiu-jitsu brésilien
- La possibilité pour un professeur de judo jujitsu d’enseigner le JJB sans formation spécifique
Pour Vincent, ces décisions reviennent à nier la singularité du jiu-jitsu brésilien en tant que discipline internationale distincte, avec son propre système de grades, ses règles, et son histoire. Accepter cela, c’est accepter de diluer l’identité du sport dans une “famille jujitsu” générique.

Face à ces décisions imposées, David Giorsetti choisit de quitter France Judo. Vincent explique que ce choix était moins confortable personnellement pour David, mais qu’il avait une responsabilité envers la communauté JJB qui attendait de lui qu’il défende l’identité du sport.
La CFJJB se rattache alors à l’ASPTT, fédération délégataire qui garantit son indépendance et lui permet de continuer à délivrer des diplômes comme le CQP.
Deux lectures de la rupture : Vincent y voit un choix nécessaire pour protéger l’identité du JJB. Nicolas pense qu’il aurait peut-être fallu rester à l’intérieur pour négocier, vu le poids politique de France Judo.
3. Nicolas rencontre France Judo : l’autre version des faits
Nicolas Renier occupe une position unique dans ce débat : extérieur aux deux structures, il a néanmoins été invité par David Inquel, vice-président de France Judo, pour échanger après avoir publié des vidéos sur le sujet.
Ce qu’il a appris de cet échange
Selon Nicolas, France Judo prévoit de séparer les grades judo et jujitsu dès mars 2025 (ou c’est peut-être déjà fait). David Inquel lui aurait expliqué vouloir préserver la différence entre les sports, reconnaissant qu’une équivalence automatique à sens unique ne serait pas juste.
L’argument rapporté : un pratiquant de JJB ne pourrait pas devenir ceinture noire de judo en quelques weekends, donc pourquoi l’inverse serait-il acceptable ?
La position stratégique de Nicolas
Malgré ces discussions, il reste convaincu que France Judo détient le pouvoir politique. De l’extérieur, il pense qu’il aurait peut-être été plus stratégique de rester à l’intérieur pour négocier petit à petit, plutôt que de sortir complètement.
Vincent lui répond que cette stratégie aurait été idéale, mais qu’elle n’était tout simplement pas possible vu les décisions prises sans consultation. David ne pouvait pas rester dans une structure où il n’avait plus son mot à dire sur des sujets fondamentaux pour l’identité du sport.
💬 La question de la communication
Nicolas profite également du podcast pour critiquer la communication de la CFJJB autour de cette rupture : un simple message Instagram renvoyant vers une lettre sur le site, sans réelle prise de parole publique construite.
Il estime que les pratiquants ont besoin de comprendre clairement ce qui s’est passé et quel est le projet de David Giorsetti pour l’avenir, afin de pouvoir prendre position en connaissance de cause.
Vincent entend la critique mais nuance : la CFJJB est composée de gens de terrain, pas de communicants. Submergés par le travail de structuration (formations, compétitions, développement), ils préfèrent agir plutôt que de passer leur temps sur les réseaux sociaux à gérer des polémiques.
4. Ceinture noire judo ≠ ceinture bleue JJB : clarification nécessaire
Une rumeur circule régulièrement : “La CFJJB considère qu’une ceinture noire de judo équivaut à une ceinture bleue de JJB.”
Vincent clarifie : c’est faux.
Ce que disent vraiment les règlements
Les règlements CFJJB et IBJJF stipulent qu’une ceinture noire de judo ne peut pas combattre en ceinture blanche lors d’une compétition de jiu-jitsu brésilien. C’est une mesure de sécurité : éviter qu’un judoka expérimenté ne blesse un débutant complet qui ne sait ni tomber ni se défendre au sol.
Mais cela ne signifie pas qu’on attribue automatiquement un grade JJB à cette personne. En club, un judoka ceinture noire démarre en ceinture blanche de JJB et progresse normalement selon l’évaluation de son professeur de jiu-jitsu brésilien.
CAF vs CQP : deux diplômes, deux logiques
Vincent explique ensuite la différence entre les deux types de diplômes d’enseignement :
Le CAF (Certificat d’Animateur Fédéral) est accessible dès la ceinture bleue et permet d’enseigner bénévolement. L’objectif : permettre à des pratiquants relativement récents d’aider leur professeur, d’ouvrir une petite section là où il n’y en a pas, ou d’encadrer des cours enfants. La personne porte sa ceinture bleue, donc son niveau est immédiatement identifiable.
Le CQP (Certificat de Qualification Professionnelle) est accessible à partir de la ceinture marron (environ 8 ans de pratique) et permet d’enseigner professionnellement, c’est-à-dire d’être rémunéré.
La différence est claire : dans le premier cas, c’est du bénévolat avec un niveau affiché (ceinture bleue visible), sans concurrence avec les professionnels. Dans le second, c’est une vraie reconnaissance d’expertise après des années de pratique.
L’enjeu de fond : préserver la singularité du jiu-jitsu brésilien en tant que discipline avec ses propres critères de progression et d’enseignement, sans uniformisation avec d’autres disciplines “jujitsu”.
5. Luta Livre : Nicolas frappe fort
Le podcast revient ensuite sur la Luta Livre, et Nicolas Renier ne mâche pas ses mots.
Pourquoi si peu de représentants français ?
Wilfried pose la question : pourquoi Nicolas est-il aujourd’hui presque le seul en France à revendiquer ouvertement la Luta Livre ?
La réponse est sans appel : ceux qui ont abandonné le nom “Luta Livre” pour dire “grappling” ou d’autres termes génériques sont, selon lui, des lâches qui ont lâché le bateau pour des facilités. Il va même jusqu’à dire qu’ils n’ont pas d’honneur.
Son argument : si tout le monde abandonne le nom, les grades finissent par ne plus rien valoir. Abandonner l’identité culturelle et technique de la Luta Livre, c’est se tirer une balle dans le pied collectivement.
L’accompagnement : 55 clubs, objectif 150 professeurs
Face à ce constat, Nicolas a développé un accompagnement pour les professeurs de Luta Livre isolés ou en devenir. Ce n’est pas un diplôme d’État, mais un coaching premium qui propose une méthodologie d’enseignement complète (inspirée de ce qu’il a vu au Brésil et aux États-Unis), une programmation technique par ceinture, des échanges réguliers entre professeurs, et un suivi des grades.
Aujourd’hui, 55 clubs sont engagés. Objectif : 150 professeurs formés en 3 ans.
Vincent salue cette initiative, estimant que les professeurs ont effectivement besoin d’être accompagnés, pas seulement sur la technique mais aussi sur le développement de leur club (acquisition et rétention de pratiquants).

6. CFJJB sous le feu : réponses aux critiques
Wilfried a collecté sur les réseaux sociaux les critiques les plus fréquentes contre la CFJJB. Il les pose à Vincent en format vrai/faux.
❌ “La CFJJB est une mafia”
Vincent démonte cette accusation en expliquant que la CFJJB a effectivement un standard de qualité élevé et une présence nationale forte (compétitions tous les weekends aux quatre coins de la France), ce qui peut donner l’impression d’écraser les plus petites organisations.
Mais il insiste : les portes sont ouvertes à tous ceux qui veulent contribuer avec leurs compétences. Lui-même a commencé en proposant ses services sans rien demander en retour. Le problème, c’est que beaucoup critiquent de l’extérieur sans jamais proposer leur aide.
❌ “Vous vous enrichissez”
Vincent rappelle que la CFJJB est une institution avec un commissaire aux comptes et un cadre légal strict. L’enrichissement personnel des dirigeants est impossible sans contrôle.
Il reformule la vraie question : pourquoi les compétitions ont un certain coût ? Et il compare avec l’IBJJF (130 € le gi, environ 200 € pour gi + no-gi) contre la CFJJB (50 € une discipline, 90 € les deux, 30 € enfants).
Les coûts s’expliquent : arbitrage de qualité (formation, déplacements, rémunération pour ne pas perdre les meilleurs arbitres), location de salles, médailles, staff logistique. Vincent insiste notamment sur le fait que les enfants sont arbitrés par des gens qui officient au championnat du monde — ce niveau d’exigence a un prix.
❌ “La CFJJB est misogyne”
Vincent liste les initiatives concrètes : open mats féminins, égalité totale des primes entre hommes et femmes, commission dédiée à la promotion de la pratique féminine, et intervention de Laurence Cousin (championne du monde) lors des sélections nationales.
Il reconnaît qu’il y a encore trop peu de femmes dans les sélections, mais explique que c’est le reflet d’une pratique aujourd’hui dominée de manière écrasante par les hommes. L’enjeu : développer d’abord la pratique féminine au niveau loisir pour, ensuite, voir émerger plus de compétitrices de haut niveau.
❌ “Vous favorisez Infinity”
Vincent démonte cette accusation avec un argument imparable : il est responsable de l’arbitrage, son propre collectif (WAO) est en concurrence directe avec Infinity. Pourquoi favoriserait-il un concurrent ?
Et surtout : Mathias Jardin, qui travaille pour Infinity, est le sélectionneur de l’équipe nationale. Pourtant, aucun membre d’Infinity ne figure dans la sélection nationale. Si le favoritisme existait, ce serait le moment idéal de l’exercer.
Le message de fond : au-delà des polémiques de réseaux sociaux, Vincent appelle ceux qui ont des critiques constructives à venir en discuter directement, et surtout à contribuer plutôt que de critiquer de loin.
7. Communication et dialogue : sortir des “discussions de bar”
Le débat revient sur l’importance de la communication et du dialogue direct.
Nicolas insiste sur le besoin des pratiquants de comprendre clairement la situation et le projet porté par la CFJJB pour pouvoir prendre position en connaissance de cause.
Vincent répond qu’il préfère passer son temps à faire avancer les choses plutôt qu’à répondre à des critiques lancées sans fondement sur les réseaux sociaux. En revanche, quand quelqu’un vient le voir directement pour échanger, il prend le temps d’expliquer, et la plupart du temps, les gens comprennent.
Nicolas Renier conclut en disant que même si ce sont “des discussions de bar”, ce sont aussi des pratiquants du JJB qu’il faut savoir écouter.

8. L’avenir du sol français : deux visions complémentaires
Pour conclure, Wilfried demande à Nicolas et Vincent comment ils voient l’avenir du sol français.
Nicolas : le tatami comme espace social unique
Nicolas livre un plaidoyer vibrant pour le jiu-jitsu brésilien et la Luta Livre comme espaces de mixité sociale inégalés. Sur le tatami, un avocat s’entraîne avec un sans-emploi, un étudiant avec un médecin. Tous les milieux sociaux, toutes les couleurs de peau, toutes les religions se retrouvent et progressent ensemble.
Il insiste aussi sur les valeurs éducatives du sport : apprendre à ne jamais abandonner, même dans les pires positions, sortir de situations inconfortables par la technique et la résilience mentale.
Son espoir : qu’un jour, JJB et Luta Livre travaillent ensemble, peut-être dans une même fédération, en préservant leurs identités respectives.
Vincent : former la génération qui vient
Vincent se projette sur le futur sportif et éducatif. Il voit un très bel avenir quand il observe le travail remarquable effectué par les clubs auprès des jeunes. Pour lui, le développement de champions passe d’abord par une formation de qualité dès l’enfance.
Il insiste également sur la formation des futurs professeurs, qui seront les meilleurs représentants de la discipline. L’enjeu est fort : qu’est-ce que ces nouveaux enseignants vont transmettre ?
Son ambition : faire du jiu-jitsu brésilien le sport de combat le plus pratiqué au monde.
Il termine sur une note philosophique empruntée au jiu-jitsu : un plus petit peut battre un plus grand. De la même manière, une organisation plus petite peut gagner face à une plus grande si elle travaille intelligemment.
Conclusion : grandir sans se renier
Cette deuxième partie du podcast On the Road aborde frontalement les sujets qui fâchent : rupture institutionnelle, identité des disciplines, critiques publiques, vision d’avenir.
Ce qui en ressort : deux visions qui se complètent plutôt qu’elles ne s’opposent. Nicolas et Vincent partagent le même objectif — faire grandir le sol français sans dénaturer ce qui le rend unique.
Le sol français est à un tournant. La suite dépendra de la capacité de chacun à continuer à dialoguer, sur le tatami comme en dehors.
➡️ Écouter l’épisode complet (Partie 2/2) • ➡️ Relire la Partie 1 : « Le sol français devient adulte »




